Mastite péricanalaire

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La mastite péricanalaire, aussi appelé maladie de Zuska, est une affection inflammatoire bénigne affectant les canaux sous-aréolaires, formant généralement des abcès. Elle englobe généralement les abcès du sein situés dans la région rétro-aréolaire ou péri-aréolaire mais pas ceux situés en périphérie du sein.[1]

Mastite péricanalaire
Maladie
Caractéristiques
Signes Mastalgie, Signes vitaux normaux, Abcès mammaire, Masse péri-aréolaire, Masse sous-aréolaire, Inversion du mamelon, Écoulement épais du mamelon, Fistules drainantes, Érythème mammaire
Symptômes
Mastalgie, Afébrile, Érythème mammaire, Tuméfaction mammaire
Diagnostic différentiel
Sarcoïdose, Ectasie canalaire, Granulomatose de Wegener, Abcès mammaire, Cellulite bactérienne, Galactocèle, Fibroadénome du sein, Engorgement des seins, Carcinome inflammatoire du sein, Fibroadénome lactationnel, Kyste mammaire, Infection à levures, Mastite granulomateuse idiopathique, Mastite tuberculeuse, Mastite lactationnelle, Conduit galatoctophore obstrué
Informations
Terme anglais Periductal mastitis
Autres noms maladie de Zuska
Spécialités Chirurgie générale, Médecine familiale, Médecine d'urgence

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1 Épidémiologie[modifier | w]

Les patientes atteintes de mastite péricanalaire sont le plus souvent des femmes en âge de procréer et l'inflammation est presque exclusivement associée à la consommation de tabac.[2] La mastite péricanalaire survient chez moins de 1% des femmes dans le monde.[3][4][5]

2 Étiologies[modifier | w]

La cause de la mastite péricanalaire n'est pas claire. Cependant, beaucoup suggèrent que le tabagisme peut être associé au développement de la maladie par des dommages directs aux conduits suivi d'une inflammation ultérieure. Des bactéries ont été isolées dans des cultures chez 62 à 85 % des patientes atteintes de mastite péricanalaire, et les organismes responsables les plus courants incluent[6]:

L'abcès sous-aréolaire peut se développer à la fois pendant l'allaitement ou extrapuerpérale. Il est souvent évasé de haut en bas avec des fistules multiples. Comme cette pathologie est associée au tabac, on suppose que l'effet toxique direct lié au tabagisme ou encore les changements hormonaux pourraient provoquer une métaplasie squameuse des canaux galactophores, provoquant alors une obstruction, qui éventuellement est suivie d'une inflammation, d'une prolifération bactérienne et de la création d'un abcès. Cependant, il n'a pas été établi si la lésion régresse lors de la cessation tabagique. [7][8]

3 Physiopathologie[modifier | w]

La physiopathologie de la mastite péricanalaire reste incertaine. L'abcès formé est un abcès sous-cutané du tissu mammaire sous l'aréole du mamelon. Il s'agit en fait d'une inflammation généralement aseptique, associée à une métaplasie squameuse des canaux galactophores.[1][9] Normalement, l'épithélium kératinisé à la surface du mamelon devrait s'invaginer seulement de 2-3 mm de profondeur, laissant place à des sinus galactophores. Dans la maladie de Zuska, la kératine s'étendrait plus profondément causant une certaine distension sur le canal.[5] Cette distension peut alors créer une rupture de la paroi, laissant place à une inflammation intense en réaction à la kératine libérée. Le patient développe une masse sous-aréolaire douloureuse et érythémateuse, qui est souvent confondue avec une infection bactérienne. Le drainage n'éliminera pas la lésion et les récidives sont fréquentes. Il se crée alors une zone où la tension est moindre, avec moins de résistance, au niveau du muscle lisse du mamelon et certains patients peuvent développer une fistule qui s'ouvrira près de l'aréole. La chirurgie définitive pourra alors enlever le canal incriminé.

On pense que le tabagisme joue un rôle dans la pathogenèse, en endommageant directement ou indirectement les conduits, entraînant un blocage du canal, conduisant à une nécrose et une infection subséquente.[10] Une étude récente a montré qu'il y avait une régulation positive des cytokines IFN-γ et IL-12A chez les patientes atteintes de mastite péricanalaire par rapport aux témoins.[11] Ces cytokines sont sécrétées par les cellules TH1 jouant un rôle dans l'éradication des agents pathogènes étrangers. La régulation positive de ces cytokines suggère que les réponses immunitaires peuvent jouer un rôle dans la pathogénèse de la mastite péricanalaire. [4]

L'inflammation chronique, une modification hormonale systémique, un dérèglement de l'expression de la bêta-caténine et une modification du métabolisme ou de l'expression de l'acide rétinoïque et de la vitamine D pourraient également jouer un rôle. [1]

4 Présentation clinique[modifier | w]

4.1 Facteurs de risque[modifier | w]

Les facteurs de risque de la mastite péricanalaire sont [1][11][4]:

4.2 Questionnaire[modifier | w]

Les symptômes peuvent inclure les éléments suivants :

Généralement, les patientes sont afébriles et ont un bon état général.

4.3 Examen clinique[modifier | w]

Rétraction du mamelon

Les caractéristiques de la mastite péricanalaire comprennent :

5 Examens paracliniques[modifier | w]

Biopsie à l'aiguille du sein guidée sous mammographie (stéréotaxie)

La mastite péricanalaire est avant tout un diagnostic clinique.

Cependant, l'échographie mammaire et la mammographie peuvent être effectués pour exclure l'abcès, si les signes d'infection ne régressent pas après un traitement antibiotique, s'il existe une masse associée ou s'il y a un risque de malignité[3][4].

Si un drainage ou biopsie à l'aiguille sont effectués, il faut obtenir :

Une mastite non lactationnelle récidivante chez une femme ménopausée est suspecte. On devra suivre et imager la patiente après le traitement antibiotique pour éliminer une lésion sous-jacente.

5.1 Histopathologie[modifier | w]

Métaplasie squameuse des canaux galactophores. Coloration à l'hématoxyline et à l'éosine

La mastite péricanalaire est caractérisée par une métaplasie squameuse des canaux galactophores (Squamous metaplasia of lactiferous ducts- abrégé en SMOLD). En effet, la dernière section des canaux galactophores est toujours tapissée d'un épithélium pavimenteux kératinisé qui semble avoir des fonctions physiologiques importantes. La kératine, qui possède des propriétés bactériostatiques, forme par exemple, des bouchons qui bouchent l'entrée des conduits. Dans la mastite péricanalaire, la muqueuse kératinisée qui s'étend plus profondément dans les canaux, créant ainsi un remplacement de l'épithélium cuboïde normal à double couche des canaux galactophores par des couches cellulaires squameuses kératinisées.

Certains auteurs parlent d'une épidermisation, car l'épithélium résultant de ce changement est très similaire à une peau normale. Le SMOLD est rare chez les femmes préménopausées (peut-être 0,1 à 3 %) mais plus fréquent (peut-être jusqu'à 25 %) chez les femmes ménopausées où il ne cause aucun problème.[13] Cette métaplasie semble être une lésion complètement bénigne et peut même exister sans provoquer de symptômes. En principe, elle devrait être complètement réversible, comme le suggère la classification en métaplasie.

Les bouchons de kératine (débris) produits par le SMOLD ont été proposés comme la cause d'abcès sous-aréolaires récurrents en provoquant une stase sécrétoire. La perméabilité de la muqueuse épidermique est également différente de celle de la muqueuse normale, ce qui empêche la résorption des sécrétions glandulaires. Cette résorption est nécessaire pour éliminer les sécrétions bloquées à l'intérieur du canal, et elle affecte l'équilibre osmotique qui à son tour est un mécanisme important dans le contrôle de la lactogénèse (ceci est pertinent à la fois dans la mastite puerpérale et non puerpérale).

6 Diagnostic[modifier | w]

La mastite péricanalaire est un diagnostic clinique qui repose sur un examen approfondi des seins et la présence de facteurs de risque (tabagisme).

7 Diagnostic différentiel[modifier | w]

Le diagnostic différentiel de la mastite péricanalaire inclut les maladies suivantes [4]

8 Traitement[modifier | w]

Traitement de la mastite péricanalaire
Traitement
Traitement empirique
  • Antibiothérapie
  • La durée optimale n'est pas déterminée. Si la médication semble donner une réponse rapide et complète, la durée des antibiotiques pourrait être entre 5 à 7 jours, mais peut aller jusqu'à 10 à 14 jours si cela s'avère nécessaire. Le métronidazole sera utilisé si on suspecte une infection anaérobe[2][14].
Si le risque de SARM est élevé[note 1]
Si présence d'abcès
  • Aspiration à l'aiguille guidée sous échographie + antibiothérapie appropriée
  • En présence d'abcès, on doit éviter le drainage chirurgical afin de diminuer les risques de fistule laiteuse ou la création d'orifice secondaire (sinus). On favorisera en effet la ponction/aspiration sous échographie. Si échec avec récidive de l'abcès, on pourra alors aller drainer et mettre une mèche.
Si infection récurrente
Habitus
  • La cessation tabagique est recommandée pour toutes les patientes, car cela réduirait les risques d'infections répétées.

9 Suivi[modifier | w]

Un suivi clinique est suggéré. Chez la femme post-ménopausée, on insistera sur une imagerie de contrôle après résolution des symptômes pour s'assurer de l'absence de néoplasie sous-jacente.

10 Complications[modifier | w]

Les complications liées à la mastite péricanalaire sont [4]:

11 Évolution[modifier | w]

La majorité des patientes atteintes de mastite se rétabliront avec un traitement approprié. Le taux de récidive de la mastite péricanalaire est de 4-28%. [17][4]

12 Prévention[modifier | w]

La mastite péricanalaire se rencontre presque exclusivement chez les fumeurs. Encourager l'arrêt du tabac est important et peut aider à réduire le risque d'inflammation récurrente.[4]

13 Notes[modifier | w]

  1. Facteurs de risque d'infection SARM:
    • Risques associés aux services de santé:
    • Hospitalisation récente
    • Résidence dans un centre de longue durée
    • Chirurgie récente
    • Hémodialyse
    Risques additionnels:
    • Infection au VIH
    • Utilisation de drogues intraveineuse
    • Utilisation antérieure d'antibiotique
    Risques associés à une épidémie de SARM
    • Service militaire
    • Incarcération
    • Partage d'équipement sportif
    • Partage d'aiguilles, de rasoirs ou autres objets tranchants
  2. L'abcès peut être confirmé par échographie et devrait être traité par aspiration à l'aiguille ou drainage chirurgical. Le liquide retiré de l'abcès devrait être envoyé en culture, et l'administration d'antibiotique approprié devrait être amorcée.

14 Références[modifier | w]

  1. 1,0 1,1 1,2 et 1,3 Michael S. Sabel, Essentials of Breast Surgery, Elsevier Health Sciences., (ISBN 978-0-323-03758-7), p. 85
  2. 2,0 et 2,1 Eve Boakes, Amy Woods, Natalie Johnson et Naim Kadoglou, « Breast Infection: A Review of Diagnosis and Management Practices », European Journal of Breast Health, vol. 14, no 3,‎ , p. 136–143 (ISSN 2587-0831, PMID 30123878, Central PMCID 6092150, DOI 10.5152/ejbh.2018.3871, lire en ligne)
  3. 3,0 et 3,1 Angrit Stachs, Johannes Stubert, Toralf Reimer et Steffi Hartmann, « Benign Breast Disease in Women », Deutsches Arzteblatt International, vol. 116, no 33-34,‎ , p. 565–574 (ISSN 1866-0452, PMID 31554551, Central PMCID 6794703, DOI 10.3238/arztebl.2019.0565, lire en ligne)
  4. 4,0 4,1 4,2 4,3 4,4 4,5 4,6 4,7 et 4,8 Melodie M. Blackmon, Hao Nguyen et Pinaki Mukherji, StatPearls, StatPearls Publishing, (PMID 32491714, lire en ligne)
  5. 5,0 5,1 et 5,2 (en-US) U. F. O. Themes, « Squamous Metaplasia of Lactiferous Ducts », sur Basicmedical Key, (consulté le 21 février 2022)
  6. N. J. Bundred, J. M. Dixon, A. B. Lumsden et D. Radford, « Are the lesions of duct ectasia sterile? », The British Journal of Surgery, vol. 72, no 10,‎ , p. 844–845 (ISSN 0007-1323, PMID 4041720, DOI 10.1002/bjs.1800721023, lire en ligne)
  7. Monica Rizzo, Sheryl Gabram, Charles Staley et Limin Peng, « Management of Breast Abscesses in Nonlactating Women », The American Surgeon, vol. 76, no 3,‎ , p. 292–295 (ISSN 0003-1348 et 1555-9823, DOI 10.1177/000313481007600310, lire en ligne)
  8. Basil George Verghese et R. Ravikanth, « Breast abscess, an early indicator for diabetes mellitus in non-lactating women: a retrospective study from rural India », World Journal of Surgery, vol. 36, no 5,‎ , p. 1195–1198 (ISSN 1432-2323, PMID 22395343, DOI 10.1007/s00268-012-1502-7, lire en ligne)
  9. (en) F N L Versluijs, R M H Roumen et R J A Goris, « Chronic recurrent subareolar breast abscess: incidence and treatment », British Journal of Surgery, vol. 87, no 7,‎ , p. 952–952 (ISSN 0007-1323 et 1365-2168, DOI 10.1046/j.1365-2168.2000.01544-49.x, lire en ligne)
  10. Mario Taffurelli, Alice Pellegrini, Donatella Santini et Simone Zanotti, « Recurrent periductal mastitis: Surgical treatment », Surgery, vol. 160, no 6,‎ , p. 1689–1692 (ISSN 1532-7361, PMID 27616631, DOI 10.1016/j.surg.2016.06.048, lire en ligne)
  11. 11,0 et 11,1 Lu Liu, Fei Zhou, Pin Wang et Lixiang Yu, « Periductal Mastitis: An Inflammatory Disease Related to Bacterial Infection and Consequent Immune Responses? », Mediators of Inflammation, vol. 2017,‎ , p. 5309081 (ISSN 1466-1861, PMID 28182101, Central PMCID 5274658, DOI 10.1155/2017/5309081, lire en ligne)
  12. J. M. Dixon, « Periductal mastitis/duct ectasia », World Journal of Surgery, vol. 13, no 6,‎ , p. 715–720 (ISSN 0364-2313, PMID 2696225, DOI 10.1007/BF01658420, lire en ligne)
  13. « Subareolar abscess », sur Subareolar abscess sur Wikimedi.ca (consulté le 9 janvier 2022)
  14. Mario Taffurelli, Alice Pellegrini, Donatella Santini et Simone Zanotti, « Recurrent periductal mastitis: Surgical treatment », Surgery, vol. 160, no 6,‎ , p. 1689–1692 (ISSN 1532-7361, PMID 27616631, DOI 10.1016/j.surg.2016.06.048, lire en ligne)
  15. Catherine E. Pesce et Katharine Yao, « Abscess/infections/periareolar mastitis », Annals of Breast Surgery, vol. 5,‎ , p. 25–25 (DOI 10.21037/abs-21-49, lire en ligne)
  16. JEANNE P. SPENCER, MD, « Management of mastitis in breastfeeding women », Am Fam Physician, 78(6),‎ 2008 sep 15, p. 727-731 (lire en ligne)
  17. Yanna Zhang, Yidong Zhou, Feng Mao et Jinghong Guan, « Clinical characteristics, classification and surgical treatment of periductal mastitis », Journal of Thoracic Disease, vol. 10, no 4,‎ , p. 2420–2427 (ISSN 2072-1439, PMID 29850148, Central PMCID 5949503, DOI 10.21037/jtd.2018.04.22, lire en ligne)

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