Manie, hypomanie (approche clinique)

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Manie, hypomanie
Approche clinique
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Caractéristiques
Étiologies Trouble de l'humeur secondaire à une affection médicale générale, Trouble bipolaire de type 1, Trouble bipolaire de type 2, Trouble cyclothymique, Trouble induit par une substance toxique
Complications Comportements dangereux, Hétéroaggressivité, Comportement suicidaire (approche clinique)
Informations
Terme anglais Mania, hypomania
Spécialité Psychiatrie

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[ Classe (v1) ]
Objectif du CMC
Manie / hypomanie (59-2)

Les épisodes de manie et/ou d'hypomanie sont fréquents et généralement définis comme une péridode d'augmentation de l'estime, de réduction des besoins de sommeil de fuite des idées, d'augmentation de l'activité et d'engagement excessif dans des activités dommageables. La différence entre la manie et l'hypomanie réside dans l'importance des symptômes, où l'hypomanie ne sera pas suffisante pour entraîner une dysfonction sévère.

Les étiologies se limitent à aux troubles bipolaires de type 1 et 2, au trouble cyclothymique, au trouble induit par une substance toxique et celui secondaire à une affection médicale. À l'histoire, il faudra définir le niveau dysfonctionnement, la durée de l'épisode, la présence d'épisodes dépressifs et tenter d'établir une cause organique (surtout s'il s'agit d'un premier épisode) ou toxique s'il y a lieu. L'examen mental sera marqué par l’exubérance et l'accélération des fonctions cognitives et motrices. L'investigation tentera d'établir une cause organique ou toxique.

La prise en charge de la manie et de l'hypomanie sera basée sur les stabilisateurs de l'humeur (lithium et anticonvulsivants). Il faudra éviter les anti-dépresseurs en monothérapie s'il y a symptômes dépressifs, car ils pourront précipiter un épisode maniaque. Les antipsychotiques peuvent être utilisée au besoin.[1] La psychothérapie pourra quant à elle donner certains résultats. En présence de dangerosité pour elle-même ou autrui, il faudra hospitaliser la personne.

Le trouble bipolaire de type 1 aura bien souvent un cours chronique et 45% des patients rechuteront avant stabilisation. Le type 2 possède un meilleur pronostic tandis que le trouble cyclothymique donnera de bonnes chances de rémission.

1 Épidémiologie[modifier | w]

Les épisodes de manie et/ou d'hypomanie sont associés à la maladie affective bipolaire de type 1 ou 2 (trouble bipolaire). Ces conditions ont un fort lien génétique, car 60-65% des gens touchés auront une histoire familiale de troubles de l'humeur. Les gens de statuts socio-économiques élevé sont également plus à risque[1]. La prévalence des hypomanies/manies est élevée, la prévalence du trouble bipolaire type 1 sur une vie est de 0 à 2,4%, celle du type 2 est de 0,3 à 4,8%, le trouble cyclothymique est prévalent à 0,5-6,5% et l'hypomanie à 2,6-7,8%[2].

2 Critères[modifier | w]

La différence principale entre les critères de manie et d'hypomanie sont le niveau de dysfonctionnement beaucoup plus élevé durant la manie et le besoin d'hospitalisation qu'elle entraîne souvent. La présence de caractéristiques psychotiques définit aussi une manie. L'épisode dépressif caractérisé fera lui aussi partie des critères diagnostiques de plusieurs étiologies de la manie/hypomanie, notamment les troubles bipolaires.

2.1 Critères de manie[modifier | w]

  • A: Période nettement délimitée où l’humeur est élevée, expansive ou irritable, avec une augmentation de l’activité orientée vers un but ou de l’énergie, et ce, de façon anormale et persistante la plupart du temps, presque tous les jours, pendant au moins une semaine.
  • B: Durant cette période, ≥ 3 symptômes (4 si l'humeur est seulement irritable) :
    1. ↑ de l’estime de soi / idées de grandeur
    2. Réduction du besoin de sommeil
    3. Plus grande communicabilité qu’à l’habitude ou désir constant de parler
    4. Fuite des idées
    5. Distractibilité
    6. Augmentation de l’activité orientée vers un but ou agitation psychomotrice (non-orienté)
    7. Engagement excessif dans des activités à potentiel dommageable élevé
  • C: Est suffisamment grave pour entraîner un dysfonctionnement ou une hospitalisation pour prévenir des conséquences dommageables ou caractéristiques psychotiques
  • D: Pas imputable aux effets d’une substance ou une condition médicale
  • N.B. : Un épisode maniaque complet qui survient au cours d'un traitement antidépresseur mais qui persiste et remplit les critères complets d'un épisode au-delà de l'effet du traitement doit être considéré comme un épisode manique et à un diagnostic de trouble bipolaire de type 1.

N.B. : Au moins un épisode manique dans la vie est nécessaire pour un diagnostic de trouble bipolaire de type 1.[3]

2.2 Critères d'hypomanie[modifier | w]

  • A: Période nettement délimitée où l’humeur est élevée, expansive ou irritable, avec une augmentation de l’activité orientée vers un but ou de l’énergie, et ce, de façon anormale et persistante la plupart du temps, pendant au moins 4 jours consécutifs.
  • B: Durant cette période, ≥ 3 symptômes (4 si l'humeur est seulement irritable) :
    1. ↑ de l’estime de soi / idées de grandeur
    2. Réduction du besoin de sommeil
    3. Plus grande communicabilité qu’à l’habitude ou désir constant de parler
    4. Fuite des idées
    5. Distractibilité
    6. Augmentation de l’activité orientée vers un but ou agitation psychomotrice (non-orienté)
    7. Engagement excessif dans des activités à potentiel dommageable élevé
  • C: Épisode accompagné d'une modification du comportement, où celui-ci diffère de la normale.
  • D: La perturbation de l'humeur est évidente pour les autres.
  • E: La sévérité de l'épisode n'est pas suffisante pour entraîner une dysfonction évidente du fonctionnement social ou professionnel ou pour nécessiter une hospitalisation. Si des caractéristiques psychotiques sont présentes, l'épisode est par définition maniaque.
  • F: Pas imputable aux effets d’une substance ou une condition médicale
  • N.B. : Un épisode hypomaniaque complet qui survient au cours d'un traitement antidépresseur mais qui persiste et remplit les critères complets d'un épisode au-delà de l'effet du traitement doit être considéré comme un épisode hypomaniaque et à un diagnostic de trouble bipolaire de type 2. La prudence s'impose cependant, car l'augmentation de l'irritabilité, de la nervosité ou de l'agitation sont des effets secondaires fréquents des anti-dépresseurs.

N.B. : Des épisodes hypomaniaques sont fréquents dans le trouble bipolaire de type 1.[5]

3 Étiologies[modifier | w]

4 Histoire[modifier | w]

À l'histoire, il s'agira de bien définir les éléments suivants afin de différencier les troubles bipolaires de la cyclothymie ou de celui de l'usage de substance. Il faudra notamment établir:

  • le niveau de dysfonctionnement;
  • la durée de l'épisode;
  • la présence d'épisodes dépressifs;
  • une anamnèse et une chronologie qui pourraient laisser croire une étiologie organique;
  • de la toxicomanie active, auquel cas on pensera à l'intoxication.

4.1 Critères du trouble bipolaire de type 1[modifier | w]

Pour remplir les critères du trouble bipolaire de type 1, un seul épisode maniaque est nécessaire, et ce dernier peut précéder ou suivre des épisodes hypomaniaques ou dépressifs caractérisés.

4.2 Critères du trouble bipolaire de type 2[modifier | w]

Pour un diagnostic de trouble bipolaire de type 2, un épisode hypomaniaque doit avoir été objectivé ainsi qu'un épisode dépressif caractérisé.

  • A: Les critères sont remplis pour au moins un épisode hypomaniaque (A-F) et au moins un épisode dépressif caractérisé.
  • B: Il n'y a jamais eu d'épisode maniaque.
  • C: Les épisodes hypomaniaques ou dépressifs ne sont pas mieux expliqués par:
  • D: Les symptômes de dépression ou l'imprévisibilité causés par l'alternance fréquente entre les périodes entraîne une souffrance importante ou une altération de la fonction.[8]

4.3 Critères du trouble cyclothymique[modifier | w]

4.4 Trouble bipolaire ou apparenté induit par une substance ou un médicament[modifier | w]

  • A: Une perturbation de l'humeur domine la clinique avec des symptômes d'élévation de l'humeur, d'humeur expansive ou irritable avec ou sans humeur dépressive ou anhédonie.
  • B: Les antécédents, l'examen physique ou les investigations démontrent clairement que:
    1. les symptômes se sont développés pendant ou après l'intoxication ou la prise d'un médicament;
    2. la substance ou le médicament en cause est capable de produire les symptômes.
  • C: La perturbation n'est pas mieux expliquée par une trouble bipolaire ou apparenté.
  • D: La perturbation ne survient pas au cours d'un délirium.
  • E: Les symptômes entraîne une détresse cliniquement significative.[12]

4.5 Trouble bipolaire ou apparenté dû à une autre affection médicale[modifier | w]

  • A: période avec en avant plan une humeur anormalement élevée, expansive ou irritable et augmentation anormale de l'activité ou de l'énergie.
  • B: Les antécédents, l'examen physique et les investigations complémentaires démontrent clairement que la perturbation est la conséquence directe d'une autre maladie.
  • C: Un autre trouble mental n'explique pas mieux la perturbation.
  • D: La perturbation ne survient pas au cours d'un état confusionnel (délirium).
  • F: Les symptômes causent une détresse importante, ou requiert une hospitalisation pour prévenir une auto ou hétéro-agression, ou il existe des éléments psychotiques.[14]


5 Examen mental[modifier | w]

L'examen mental d'une manie ou hypomanie est relativement simple. La complexité résidera en bonne partie dans la détermination si la personne représente un danger pour elle même et doit être hospitalisée sous garde provisoire, ce qui peut être évident en manie, mais moins en hypomanie.

Examen mental d'une manie / hypomanie[1]
Aspect Caractérisation
Apparence générale Vêtements de couleurs vives, bijoux
Attitude activité psychomotrice augmentée, aggressivité
Communication débit verbal accéléré
Affect irritable, labile, congruent, mobilisable
Humeur euphorique ou exaltée
Cours et forme de la pensée fuite des idées
Contenu de la pensée délirante, mégalomanie, préoccupations souvent politiques, financières, religieuses, persécutoires ou sexuelles
Perception altérée si la manie est psychotique
Contact avec la réalité bon
Jugement altéré
Contrôle pulsionnel agressivité, impulsivité
Autocritique, introspection et fiabilité absentes

6 Investigation[modifier | w]

L'investigation d'une manie ou d'une hypomanie vise à déterminer si l'épisode a été causé par une intoxication (fréquent) ou une condition médicale (plus rare).

Investigations de la manie, hypomanie
Test Quand l'utilisation de ce test est-elle justifiée Résultats évocateurs Penser à ...
Dépistage des drogues de rues Si intoxication suspectée Positif Trouble induit par une substance toxique
TSH Si signes d'hyperthyroïdie Positif Trouble de l'humeur secondaire à une affection médicale générale

7 Prise en charge[modifier | w]

La prise en charge passera par les stabilisateurs de l'humeur (lithium, anticonvulsivants). Il faudra éviter les antidépresseurs en monothérapie si symptômes dépressifs, car ils pourront précipiter un épisode maniaque. Les antipsychotiques peuvent être utilisés au besoin.[1] Avant de débuter un traitement (spécialement pour le lithium et la carbamazépine), il est indiqué de faire une FSC, créatinine, un ECG, des ions et une TSH. Tous sont indiqués dans le traitement de la manie aiguë (sauf la lamotrigine) et le maintient. Comme effets secondaires communs, les stabilisateurs de l'humeur causeront nausées/vomissements, diarrhée, ataxie et somnolence.

Intoxication au lithium
Attention au risque d'intoxication au lithium en cas de surdose, d'insuffisance rénale, d'hypovolémie, etc. Même s'il faudra doser la lithémie, l'intoxication est un diagnostique clinique et se présentera sous la forme de nausées/vomissements, de diarrhées sévères, d'ataxie, de dysarthrie, de myoclonies, de chorée, de convulsions, de délirium, etc. En cas d'intoxication, il faudra cesser le lithium et le reprendre après une diminution de la lithémie par hydratation [1]
Stabilisateurs de l'humeur[1]
Médicament / classe Effets secondaires Commentaires
Lithium (1ère ligne) polyurie, polydypsie, diabète insipide, insuffisance rénale, tremblements, léthargie,

céphalées, leucocytose, tératogénécité, œdème, hypothyroïdie, allongement du QT

Aussi indiqué en trouble schizoaffectif
Acide valproïque / divalproex (1ère ligne)

(Épival, Depakene)

No/Vo, diarrhée, ataxie, somnolence, tremblements, confusion, perte de cheveux, prise de

poids, toxicité hépatique, anomalies neurales fœtales si pris en grossesse

Efficace si les cycles bipolaires sont rapides
Lamotrigine (Lamictal) Diplopie, céphalées, rash (risque de syndrome de Steven-Johnson [SSJ]) Traitement de maintient du trouble bipolaire seulement
Carbamazépine (Tegretol) Toxicité hépatique, étourdissements, diplopie, nystagmus, rash (risque de SSJ),

agranulocytose, anémie aplasique, anomalies neurales fœtales si pris en grossesse

La psychothérapie peut s'avérer une bonne option (surtout celles du type cognitive et psychodynamique). En trouble bipolaire, la thérapie éléctroconvulsive donnera de bon résultats.[1]

En cas de risque suicidaire, d'hétéroaggressivité ou de désorganisation franche, il sera généralement indiqué d'hospitaliser la personne. Ce genre de comportements seront vus surtout dans les manies plutôt que dans les hypomanies.[15]

8 Suivi[modifier | w]

Comme avec toutes les atteintes psychiatriques, il sera important de démystifier la maladie auprès du patient. Concernant le trouble bipolaire de type 1, il demeure malheureusement une maladie chronique avec 45% de rechutes avant la stabilisation. Le type 2 a un meilleur pronostic avec traitement et pourra se stabiliser. Pour le trouble cyclothymique, la rémission complète sera difficile, mais le pronostic sera tout de même bon. Environ 20% progresseront vers le trouble dépressif caractérisé et 15% vers le trouble bipolaire de type 2.[1]

9 Complications[modifier | w]

Les complications d'une hypomanie et surtout ceux d'une manie tournent principalement autour des comportements dangereux qu'elle peut entraîner, spécialement en cas d'hétéroaggressivité et de suicide. Ces comportements seront souvent des indications suffisances pour une hospitalisation, spécialement si le patient ne possède pas de réseau de support.[15]

10 Particularités[modifier | w]

10.1 Gériatrie[modifier | w]

Les symptômes de manie ou d'hypomanie sont fréquents chez les personnes âgées, mais leurs causes sont plus variées et incluent en outre la démence et le délirium. La survenue d'une maladie affective bipolaire de type 1 dans cette population est très rare.[15]

10.2 Pédiatrie[modifier | w]

L'incidence du trouble bipolaire de type 1 chez la population pédiatrique est d'environ 1% et la maladie peut se manifester aussi tôt qu'à 8 ans. Cependant, elle est fréquemment confondue avec la schizophrénie et le trouble oppositionnel.[15]

11 Notes[modifier | w]

  1. Au moins 1 an chez les enfants et les adolescents.
  2. Au moins 1 an chez les enfants et les adolescents.

12 Références[modifier | w]

  1. 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 1,6 et 1,7 Maxime Ouellet, Préparation à l’examen du Conseil Médical Canadien (CMC) : Résumé des objectifs et situations cliniques essentielles du CMC, , 325 p. (lire en ligne), p. 150
  2. (en) Z. Rihmer et A. Angst, Comprehensive textbook of psychiatry, Baltimore, Lippincott Williams & Wilkins,
  3. American Psychiatric Association, Mini DSM-5 : Critères diagnostiques, Elsevier Masson, , 347 p. (ISBN 978-2-294-73963-7)
  4. American Psychiatric Association, Mini DSM-5 : Critères diagnostiques, Elsevier Masson, , 347 p. (ISBN 978-2-294-73963-7)
  5. American Psychiatric Association, Mini DSM-5 : Critères diagnostiques, Elsevier Masson, , 347 p. (ISBN 978-2-294-73963-7)
  6. American Psychiatric Association, Mini DSM-5 : Critères diagnostiques, Elsevier Masson, , 347 p. (ISBN 978-2-294-73963-7)
  7. 7,0 et 7,1 American Psychiatric Association, Mini DSM-5 : Critères diagnostiques, Elsevier Masson, , 347 p. (ISBN 978-2-294-73963-7), p. 62
  8. American Psychiatric Association, Mini DSM-5 : Critères diagnostiques, Elsevier Masson, , 347 p. (ISBN 978-2-294-73963-7), p. 64-65
  9. American Psychiatric Association, Mini DSM-5 : Critères diagnostiques, Elsevier Masson, , 347 p. (ISBN 978-2-294-73963-7), p. 64-65
  10. American Psychiatric Association, Mini DSM-5 : Critères diagnostiques, Elsevier Masson, , 347 p. (ISBN 978-2-294-73963-7), p. 68-69
  11. American Psychiatric Association, Mini DSM-5 : Critères diagnostiques, Elsevier Masson, , 347 p. (ISBN 978-2-294-73963-7), p. 68-69
  12. American Psychiatric Association, Mini DSM-5 : Critères diagnostiques, Elsevier Masson, , 347 p. (ISBN 978-2-294-73963-7), p. 69
  13. American Psychiatric Association, Mini DSM-5 : Critères diagnostiques, Elsevier Masson, , 347 p. (ISBN 978-2-294-73963-7), p. 69
  14. 14,0 et 14,1 American Psychiatric Association, Mini DSM-5 : Critères diagnostiques, Elsevier Masson, , 347 p. (ISBN 978-2-294-73963-7), p. 72-73
  15. 15,0 15,1 15,2 et 15,3 (en) Benjamin James Sadock, Virginia Alcott Sadock et Pedro Ruiz, Synopsis of Psychiatry, (ISBN 978-1-60913-971-1), p. 371-372