Gammapathie monoclonale de signification indéterminée

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Gammapathie monoclonale de signification indéterminée (MGUS)
Maladie
Caractéristiques
Signes Aucun signe clinique
Symptômes
Asymptomatique
Diagnostic différentiel
Myélome multiple, Macroglobulinémie de Waldenstrom, Leucémie à plasmocytes, Plasmocytose réactive, Myélome multiple indolent, Amyloidose à chaînes légères
Informations
Terme anglais Monoclonal gammopathy of undetermined significance
Spécialité hématologie

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La gammapathie monoclonale de signification indéterminée (MGUS ou Monoclonal Gammopathy of Undetermined Significance) est un trouble des plasmocytes précancéreux asymptomatique qui se caractérise par:

  1. la présence de protéines M sériques inférieures à 30 g/L
  2. des plasmocytes clonaux au niveau de la moelle osseuse inférieurs à 10 %
  3. l'absence de lésions d'organes cibles liées au myélome multiple (symptômes du CRAB : hyperCalcémie, insuffisance Rénale, Anémie et lésions osseuses [Bony lesions])
  4. l'absence de lymphome à cellules B ou d'une autre maladie connue pour produire une protéine monoclonale.

1 Épidémiologie[modifier | w]

Le MGUS est observé chez environ 2 % à 3 % des adultes de plus de 50 ans et chez 5 % des adultes de plus de 70 ans. Le MGUS est plus fréquent chez les hommes que chez les femmes (1,5 : 1) et 2 à 3 fois plus fréquent chez les afro-américains que chez les caucasiens. Les MGUS non-IgM représentent jusqu'à 85 % des cas de MGUS ; les MGUS à IgM représentent jusqu'à 15% des cas de MGUS.[1][2][3]

2 Étiologies[modifier | w]

Aucune cause spécifique de MGUS non IgM n'a été identifiée. Cependant, la maladie peut être associée à certains troubles non malins tels que les troubles du tissu conjonctif, les neuropathies périphériques, les maladies dermatologiques telles que le déficit acquis en inhibiteur de la C1 estérase (œdème de Quincke), les maladies endocriniennes et les infections hépatiques telles que l'infection par le virus de l'hépatite C et le VIH.[1][2][4] Des études basées sur la population en Europe du Nord et aux États-Unis montrent un risque accru de MGUS chez les parents au premier degré de personnes atteintes de MGUS ou de myélome multiple, soutenant un rôle pour les gènes de susceptibilité germinale, les influences environnementales partagées ou une interaction entre les deux. Les anomalies génétiques oncogéniques, les altérations chromosomiques et les facteurs de risques environnementaux potentiels sont décrits en détail sur la page myélome multiple.

3 Physiopathologie[modifier | w]

Les plasmocytes clonaux produisant des MGUS non-IgM résident dans la moelle osseuse.[5][4][3]

Le MGUS est généralement considérée comme un trouble prénéoplasique qui n'évolue pas toujours vers une entité maligne. Il existe trois types distincts de MGUS : [5][3]

  • les MGUS non-IgM (IgG, IgA, IgD) représentant la majorité des cas de MGUS
  • le MGUS à IgM
  • le MGUS à chaînes légères[3]

Le MGUS non-IgM peut évoluer vers une tumeur maligne des plasmocytes, tel un myélome multiple. Le MGUS à IgM peut évoluer vers une macroglobulinémie de Waldenstrom, une amyloïdose à chaînes légères d'immunoglobulines (AL) ou un lymphome. Le MGUS à chaînes légères (kappa ou lambda) est caractérisé par une protéine monoclonale dépourvue du composant de la chaîne lourde formant l'immunoglobuline. Le MGUS à chaînes légères peut montrer une progression vers une protéinurie de Bence Jones idiopathique, un myélome multiple à chaînes légères, une amyloïdose (AL) ou une maladie à dépôt de chaînes légères.

4 Présentation clinique[modifier | w]

4.1 Facteurs de risque[modifier | w]

Les facteur de risque principaux pour le développement du MGUS sont[3]:

Les autres facteurs de risques, augmentant aussi le taux de progression vers le myélome multiple, sont discutés dans la page myélome multiple.

4.2 Questionnaire[modifier | w]

Le MGUS est décrit comme asymptomatique. La présence de symptômes s'apparentant au myélome multiple demande une investigation plus poussée.

4.3 Examen clinique[modifier | w]

Le MGUS n'a pas de signes cliniques. La présence de signes s'apparentant au myélome multiple demande une investigation plus poussée.

5 Examens paracliniques[modifier | w]

Le MGUS est souvent suspecté, ou diagnostiqué, fortuitement lors de l'évaluation d'un patient présentant une atteinte osseuse, une protéinurie ou un taux sérique de protéines élevé.[7]

Les examens paracliniques pertinents sont[8][5][3][9] :

6 Approche clinique[modifier | w]

Le MGUS est généralement diagnostiqué comme une découverte fortuite lors de l'électrophorèse des protéines réalisée dans le cadre d'une évaluation d'une neuropathie périphérique, une anémie hémolytique, des éruptions cutanées, une hypercalcémie, une vitesse de sédimentation érythrocytaire élevée. Les patients sont généralement asymptomatiques.

Lorsqu'un patient est suspecté d'avoir un diagnostic de MGUS, il est important de distinguer celui-ci des autres dyscrasies plasmocytaires à l'aide d'examens paracliniques. Ils nous permettront aussi d'établir un pronostic pouvant guider le suivi. Ces examens paracliniques sont décrits ci-haut et permettent d'établir le diagnostic selon le respect des critères diagnostiques décrits ci-dessous.

7 Diagnostic[modifier | w]

Le MGUS peut être diagnostiqué lorsque[10][11]:

  1. les protéines monoclonales sériques < 30g/L ET
  2. les plasmocytes clonaux sont <10% dans la moelle osseuse ET
  3. il y a une absence d'atteinte CRAB ou d’amyloïdose attribuable à un syndrome lymphoprolifératif
  4. le sous-type de MGUS à chaînes légères est diagnostiqué selon la présence de tous les critères suivants:
    1. un ratio de chaînes légères libres >1.65 ou <0.26
    2. une augmentation du taux de la chaînes légère impliquée
    3. une absence d'expression de chaînes lourdes à l'immunofixation
    4. une absence d'atteinte d'organe cible
    5. des plasmocytes clonaux <10% dans la moelle osseuse
    6. protéinurie monoclonale <500mg / 24h

8 Diagnostic différentiel[modifier | w]

Le diagnostic différentiel du MGUS inclut :

9 Traitement[modifier | w]

Le traitement n'est généralement pas recommandé pour les patients atteints de MGUS. Comme il existe un risque de progression vers une malignité lymphoproliférative, un suivi à long terme est conseillé.[3]

10 Suivi[modifier | w]

Les patients affectés par le MGUS doivent être éduqués quant à l'évolution possible envers le MM selon leurs facteurs pronostics. Un suivi adéquat permettrait un diagnostic précoce et ainsi l'initiation du traitement pour le MM, ainsi que le MM indolents dans certains centres hospitaliers.

Le MGUS peut être suivi par[12][13]:

  • une FSC
  • un créatinine et des ions
  • un calcium
  • une électrophorèse des protéines
  • une recherche de protéinurie de Bence-Jones
  • le taux chaînes légères libres.

Répéter à 6 mois du diagnostic puis[14]:

  • à chaque année si facteurs de risques (voir #Évolution)
  • à chaque 2-3 ans si pas de facteurs et patient asymptomatique

Une progression indique l'investigation pour un MM. Chez les patients avec un espérance de vie < 5 ans, ne pas suivre.

11 Complications[modifier | w]

Le MGUS peut évoluer vers des troubles myéloprolifératifs ou d'autres affections graves telles que (25% progresseront[14])[3]:

12 Évolution[modifier | w]

Le MGUS a un risque de progression vers le MM d'environ 1 % par an[15].

Un modèle de stratification du risque du progression du MGUS vers le MM a été présenté dans une étude de Mayo Clinic. Les 3 facteurs de risques majeurs prédisant la progression sont[15]:

  • un ratio de chaînes légères libres anormal
  • la présence d'un MGUS non-IgG
  • un niveau de protéine sérique monoclonale au-delà de 15g/L
Risque de progression du MGUS vers le MM selon la présence de facteurs de risque[15]
Risque Facteurs de risques Risque absolu de progression en 20 ans (%)
Bas 0 5
Bas-intermédiaire 1 21
Intermédiaire-élevé 2 37
Élevé 3 58

13 Prévention[modifier | w]

Il est impossible de prévenir l'apparition du MGUS.

14 Références[modifier | w]

  1. 1,0 et 1,1 Robert A. Kyle et S. Vincent Rajkumar, « Monoclonal gammopathy of undetermined significance », British Journal of Haematology, vol. 134, no 6,‎ , p. 573–589 (ISSN 0007-1048, PMID 16938117, DOI 10.1111/j.1365-2141.2006.06235.x, lire en ligne)
  2. 2,0 et 2,1 Niels Weinhold, David C. Johnson, Andrew C. Rawstron et Asta Försti, « Inherited genetic susceptibility to monoclonal gammopathy of unknown significance », Blood, vol. 123, no 16,‎ , p. 2513–2517; quiz 2593 (ISSN 1528-0020, PMID 24449210, DOI 10.1182/blood-2013-10-532283, lire en ligne)
  3. 3,0 3,1 3,2 3,3 3,4 3,5 3,6 et 3,7 Hatem Kaseb, Pavan Annamaraju et Hani M. Babiker, StatPearls, StatPearls Publishing, (PMID 29939657, lire en ligne)
  4. 4,0 et 4,1 Steven H. Swerdlow, Elias Campo, Stefano A. Pileri et Nancy Lee Harris, « The 2016 revision of the World Health Organization classification of lymphoid neoplasms », Blood, vol. 127, no 20,‎ , p. 2375–2390 (ISSN 1528-0020, PMID 26980727, Central PMCID 4874220, DOI 10.1182/blood-2016-01-643569, lire en ligne)
  5. 5,0 5,1 et 5,2 S. Vincent Rajkumar, Meletios A. Dimopoulos, Antonio Palumbo et Joan Blade, « International Myeloma Working Group updated criteria for the diagnosis of multiple myeloma », The Lancet. Oncology, vol. 15, no 12,‎ , e538–548 (ISSN 1474-5488, PMID 25439696, DOI 10.1016/S1470-2045(14)70442-5, lire en ligne)
  6. Ola Landgren, Sigurdur Y. Kristinsson, Lynn R. Goldin et Neil E. Caporaso, « Risk of plasma cell and lymphoproliferative disorders among 14621 first-degree relatives of 4458 patients with monoclonal gammopathy of undetermined significance in Sweden », Blood, vol. 114, no 4,‎ , p. 791–795 (ISSN 0006-4971, PMID 19182202, Central PMCID 2716021, DOI 10.1182/blood-2008-12-191676, lire en ligne)
  7. « UpToDate », sur www.uptodate.com (consulté le 5 mars 2022)
  8. Madhav V. Dhodapkar, Rachael Sexton, Sarah Waheed et Saad Usmani, « Clinical, genomic, and imaging predictors of myeloma progression from asymptomatic monoclonal gammopathies (SWOG S0120) », Blood, vol. 123, no 1,‎ , p. 78–85 (ISSN 1528-0020, PMID 24144643, Central PMCID 3879908, DOI 10.1182/blood-2013-07-515239, lire en ligne)
  9. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29342381
  10. (en-US) « International Myeloma Working Group (IMWG) criteria for the diagnosis of multiple myeloma », sur International Myeloma Foundation (consulté le 21 janvier 2022)
  11. Munshi NC, Longo DL, Anderson KC. Plasma Cell Disorders. In: Jameson J, Fauci AS, Kasper DL, Hauser SL, Longo DL, Loscalzo J. eds. 'Harrison's Principles of Internal Medicine, 20e'. McGraw Hill; 2018. Accessed November 06, 2021. https://accessmedicine-mhmedical-com.acces.bibl.ulaval.ca/content.aspx?bookid=2129&sectionid=192018291
  12. « MGUS Follow-Up », sur www.cancercare.mb.ca
  13. Ronald S. Go et S. Vincent Rajkumar, « How I manage monoclonal gammopathy of undetermined significance », Blood, vol. 131, no 2,‎ , p. 163–173 (ISSN 0006-4971, PMID 29183887, Central PMCID 5757684, DOI 10.1182/blood-2017-09-807560, lire en ligne)
  14. 14,0 14,1 14,2 14,3 et 14,4 Luc Lanthier, Guide pratique de médecine interne, (ISBN 978-2-923026-24-4 et 2-923026-24-1, OCLC 1044957397, lire en ligne)
  15. 15,0 15,1 et 15,2 S. Vincent Rajkumar, Robert A. Kyle et Francis K. Buadi, « Advances in the Diagnosis, Classification, Risk Stratification, and Management of Monoclonal Gammopathy of Undetermined Significance: Implications for Recategorizing Disease Entities in the Presence of Evolving Scientific Evidence », Mayo Clinic Proceedings, vol. 85, no 10,‎ , p. 945–948 (ISSN 0025-6196, PMID 20884827, Central PMCID 2947967, DOI 10.4065/mcp.2010.0520, lire en ligne)

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