Examen médical périodique de l'adolescent

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Examen médical périodique de l'adolescent
Concept
Informations
Spécialités Pédiatrie, médecine de famille

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[ Classe (v1) ]

Objectif du CMC
La santé de l'enfant et de l'adolescent (74-5)

L'examen médical périodique de l'adolescent permet de cibler la visite médicale sur les grandes catégories de problèmes qui touchent cette population. L'adolescence est plus que la transition entre l'enfance et l'âge adulte. Cette période comprend la puberté avec tous les changements endocriniens, morphologiques et physiques qu'elle implique, ainsi que des changements sur les plans psychologiques et socio-affectifs. [1]

1 1. Questionnaire psycho-social de l'adolescent[modifier | w]

Truc mnémotechnique
HEADSSSS (Le questionnaire psycho-social)
  • H: Habitat, habitudes
  • E: Éducation, Eating
  • A: Activités, Affect
  • D: Drogues
  • S: Sexualité
  • S: Suicide
  • S: Sécurité
  • S: Significatif

Il est important de mentionner la relation de confiance et de confidentialité. L'adolescent de 14 ans peut consulter seul, mais cette confidentialité peut être levée si l'on présent un risque pour lui ou pour autrui ou s'il doit être hospitalisé.

1.1 Habitat, habitudes de vie[modifier | w]

  • Milieu de vie: famille reconstituée, famille monoparentale, d'accueil
  • Habitudes alimentaires: nombre de repas, préoccupation alimentaire, apports adéquats et variés, changement dans les habitudes
  • Sommeil: nombres d'heures et qualité

1.2 Éducation[modifier | w]

  • Niveau de scolarité, transition primaire-secondaire
  • Difficultés d'apprentissage, capacité de concentration, échecs scolaires, renvois scolaires
  • Intégration scolaire: intérêt personnel, liens avec amis
  • Projet d'études, plan de carrière

1.3 Eating[modifier | w]

  • Journée type, nombre de repas, déroulement des repas
  • Diète exclusive, végétarisme, produits amaigrissants
  • Image corporelle

1.4 Activités[modifier | w]

  • Activités sportives / loisirs
  • Activités sociales / sorties
  • Usage d'internet (horaire, type d'utilisation)
  • Travail (type, horaire)

1.5 Affect[modifier | w]

  • Humeur: changement, irritabilité, dépression, tristesse excessive, découragement intense
  • Anxiété, stresseurs, panique
  • Estime de soi: qualité et défauts
  • Idées suicidaires, automutilation

1.6 Drogues[modifier | w]

  • Tabac: exposition active/passive
  • Alcool
  • Drogues de rue: cannabis, amphétamines et dérivés, cocaïne, PCP
    • âge de début
    • intensité de la consommation (isolé ou en groupe?)
    • Financement de la consommation, comportements à risques sous l'effet de la drogue
    • Motivation à arrêter ou poursuivre la consommation

1.7 Sexualité[modifier | w]

  • Relations sexuelles, activités sexuelles
  • Identité sexuelle
  • Relations amoureuses, degré de satisfaction
  • Âge des premières relations
  • Moyen de contraception, prévention des ITS, dépistage

1.8 Suicide[modifier | w]

Truc mnémotechnique
COQ (Évaluation du risque suicidaire)
  • Comment?
  • Où?
  • Quand?
  • Idéation suicidaire
  • Plan de suicide, Tentative de suicide
  • 1.9 Sécurité[modifier | w]

    • Port du casque, ceinture, accidents antérieur (quand, type, séquelles), sports extrêmes, sécurité au travail
    • Violence, gang de rue, taxage
    • Abus sexuel, abus physique

    1.10 Significatif[modifier | w]

    Personne significative, confident

    2 Aspects légaux et éthiques[modifier | w]

    La prise de décision autonome est un concept important au sein de populations occidentales. Ce modèle de décision est fondé sur le principe du consentement éclairé décrit dans le Common Law qui est basé sur trois principes [2]:

    1. Le décideur doit démontrer son aptitude à prendre une décision,
    2. Le décideur doit détenir toute l'information nécessaire,
    3. La décision doit être prise de façon libre et volontaire.

    Chez la clientèle adolescente, l'aptitude à prendre un décision est difficile à évaluer et il n'existe pas d'outil universel pour aider à la déterminer. Les adolescents sont généralement en mesure de comprendre l'information qu'on leur transmet jusqu'à un certain point, mais la prise de décision serait souvent influencée par différents facteurs psychosociaux, tels que la pression par les pairs, l'impulsivité, l'expérience de vie limitée, etc. [2]

    Au Québec, un mineur de 14 ans et plus est considéré comme mineur mature et peut consentir à ses propres soins dans le cas où ils sont requis pour son état de santé et qu'ils ne représentent pas de risques sérieux pour sa santé si le consentement éclairé est respecté. Par exemple, il peut consentir à recevoir des antibiotiques pour une infection urinaire vu la simplicité de la pathologie et les risques minimes du traitement, mais il ne peut pas consentir à avoir une chirurgie esthétique non essentielle ou recevoir une chimiothérapie expérimentale.[2]

    Si l'adolescent n'a pas atteint l'âge ou s'il n'est pas jugé apte, la prise de décision reviendra alors au décideur substitué. En général, ce sont les parents, mais une hiérarchie existe dans la cas où ils ne pourraient pas exercer ce rôle. Le décideur substitué, peut importe qui il est, a le devoir d'agir en fonction de l'intérêt supérieur de l'adolescent et de respecter le seuil de soins minimum acceptable. Pour favoriser la confiance et la relation thérapeutique, le décideur substitué devrait permettre la participation de l'adolescent à la prise de décision de façon proportionnelle à son stade de développement et également respecter dans la mesure du possible son assentiment et dissentiment.[2]

    À un certain point chez la population pédiatrique, il peut être adéquat pour un décideur substitué de vouloir cesser les interventions médicales essentielles au maintien de la vie. Cette décision peut être prise dans le cas où la mort est imminente et inévitable, les interventions possibles ne sont pas efficaces ou engendrent plus de négatif que de positif ou qu'elles ne font que prolonger l'agonie. À ce moment, les décisions devront viser à assurer un maximum de confort et le modèle de décision partagée et axée sur la famille peut s'avérer utile du fait que les décisions sont difficiles à prendre. Ce modèle ne remplace pas l'autorité principale des parents ou tuteurs comme décideurs de soins, mais prend en compte les compétences et l'expérience de l'équipe médicale pour faciliter la prise de décision.[2]

    Dans le cas où le dispensateur de soins et le décideur substitué ont des intérêts ou des convictions religieuses et culturelles divergentes (ex: contraintes financières, besoins des autres membres de la famille, etc), l'intérêt de l'adolescent doit toujours être favorisé. Il est recommandé de débuter avec une discussion ouverte entre les deux partis, mais il arrive que le désaccord persiste. Si la vie du patient est menacée de façon urgente, la prestation d'interventions urgentes au maintien de la vie est accordée selon les principes éthiques de bénéfices et de non-malfaisance. Un signalement à la direction de la protection de la jeunesse est également de mise. Dans les situations non urgentes, la décision de prodiguer ou non le soins sera rendue par un tribunal. À noter que si le dispensateur de soins considère certaines interventions médicales inappropriées, il n'est pas légalement obligé de les prodiguer. Un consultation avec des experts médicaux et légaux serait alors pertinente pour s'assurer du caractère inapproprié de l'intervention.[2]

    3 Problématiques rencontrées à l'adolescence[modifier | w]

    3.1 Parents adolescents[modifier | w]

    Au Canada depuis 1990, le taux de parents adolescents a considérablement chuté de 47% pour se trouver à 1,3% des accouchements en 2010. Étant donné l'âge pédiatrique des mères adolescentes, elles sont plus à risque de troubles de santé mentale, de baisse de l'estime de soi, de grossesses subséquentes, d'usage de drogues et d'alcool, de violence familiale et auront un niveau de scolarisation inférieur associé à un statut socio-économique et un revenu faible. [3]

    3.1.1 Facteurs de risque[modifier | w]

    Les facteurs de risques de grossesses à l'adolescence sont les suivants[1]:

    • Conduites à risque liées à l'usage de drogues et d'alcool,
    • Faible scolarisation,
    • Coitarche précoce,
    • Faible statut socio-économique,
    • Mère ayant eu ses grossesses étant elle-même adolescente,
    • Famille monoparentale.

    3.1.2 Prise en charge[modifier | w]

    Étant donné l'âge pédiatrique des mères adolescentes, les besoins sont différents des femmes adultes et la prise en charge sera différente. Il est important de connaître les organismes communautaires disponibles (banques alimentaires, service d'aide à l'emploi et au logement, organismes destinés aux familles, etc.) et d'impliquer d'autres professionnels tels que travailleur social et infirmière pour répondre aux besoins. [3]

    Besoins Outil
    Santé physique IMC Visite médicale
    Vaccins
    Prise de charge des pathologies aiguës
    Santé mentale Dépression et dépression post-partum Échelle de dépression post-natale Edimbourg[4][note 1]
    Anxiété SCARED[5][note 2]
    Trouble de stress post-traumatique L'index de réaction (abrégé) au syndrome de stress post-traumatique de l'UCLA [6][note 3]
    Dépistage des troubles alimentaires et des inquiétudes liées à l'image corporelle HEADSS
    Santé sexuelle Dépistage des ITSS
    Contraception et prévention de grossesses subséquentes
    Soutien au rôle parental Soutien à l'allaitement
    Attachement à l'enfant
    Social Finances HEADSS
    Emploi
    Logement
    Éducation
    Alimentation

    3.2 Tabagisme[modifier | w]

    Actuellement au Canada, 18% des 15-19 ans sont des fumeurs incluant 13,2% de fumeurs contre 8,1% de fumeuses. Grâce aux campagnes de publicité ainsi que de l'adoption d'une loi qui limite l'accès aux produits du tabac aux 18 ans et plus, la proportion est 2 à 3 fois moins importante comparé à 1990, mais le tabagisme demeure une problématique chez les adolescents.[7]

    3.2.1 Facteurs de risques[modifier | w]

    Les principaux facteurs de risques sont [7]:

    3.2.2 Effets du tabagisme[modifier | w]

    Les effets du tabagisme sur la santé sont les suivants [7] :

    • Dépendance: Les adolescents sont plus vulnérables à l'accoutumance de la nicotine et les symptômes de sevrage surviennent après que quelques jours à quelques semaines d'exposition,
    • Altération du développement cérébral: Au niveau cérébral, la nicotine induit des modifications permanentes au niveau des connections neuronales de différentes régions qui contribuent à la régulation émotionnelle et augmente le risque de dépendance à d'autres substances psychotactives,
    • Risque de cancer augmenté,
    • Dégradation des maladies chroniques:
    Maladie chronique Conséquence
    Asthme

    Fibrose kystique

    Augmentation de la fréquence des exacerbations, de la charge phamacologique et des hospitalisations
    Arthrite idiopathique juvénile Augmentation de la sévérité de la maladie
    Diabète Détérioration de la maladie cardiovasculaire et vasculaire périphérique.

    3.2.3 Interventions[modifier | w]

    À chaque visite, le clinicien doit questionner le statut tabagique ainsi que les sources d'expositions possibles avec l'approche des 5A [1]:

    1. Ask : Questionner l'adolescent sur son statut tabagique puisqu'il peut avoir changé depuis la dernière rencontre.
    2. Advise: Informer l'adolescent sur les effets néfastes du tabagisme, tels que l'effet esthétique, la diminution des performances sportives, le risque de dépendance et le coût élevé associé, et l'encourager à cesser.
    3. Assess: Évaluer l'aptitude de l'adolescent fumeur à cesser premièrement en le questionnant sur son opinion par rapport au tabagisme, ses intentions ainsi que les raisons pour lesquelles il souhaite ou non faire le changement ainsi que les tentatives antérieures et les raisons d'échec s'il y a lieu.
    4. Assist: Identifier une date ainsi qu'une mesure tel que de diminuer d'un certain nombre de cigarettes ou d'arrêter complètement. La chambre devra être aérée et les vêtements lavés pour éliminer les odeurs. Plusieurs organismes et ressources sont à la disposition des adolescents et il est important de les présenter. Selon le contexte familial, l'implication des parents peut être un facteur de bon pronostic.
    5. Arrange follow-up: Prévoir des rendez-vous fréquemment pour soutenir l'adolescent et, s'il y a abandon, ne pas se décourager.

    3.3 Cannabis[modifier | w]

    La consommation de cannabis à l'adolescence est très fréquente, soit chez 44% des jeunes de 16 à 19 ans[8], et souvent transitoire [9], mais peut engendrer des effets néfastes sur la santé et sur la sphère psychosociale. C'est pourquoi il est important d'aborder le sujet lors des visites et il est recommandé d'utiliser une approche standardisée.[10]

    Étape Approche
    1. Confidentialité et vie privée S'entretenir seul avec l'adolescent

    Demander son autorisation pour le questionner par rapport à sa consommation. C'est une preuve de respect, favorise la relation de confiance et donne une impression de contrôle de la situation

    Utiliser le même langage que le jeune pour faciliter la discussion

    2. Usage du cannabis Si le patient consomme:
    • Poser une question ouverte quant à la fréquence et à la quantité

    Si le patient ne consomme pas

    • Faire du renforcement positif
    3. Répondre aux questions Promotion de comportements sécuritaires

    Donner de l'information

    Réduction des méfaits

    4. Évaluer les impacts de la consommation Déterminer si l'usage du cannabis est problématique. Ex:
    • Conflits familiaux et avec les pairs
    • Diminution des rendements scolaires
    • Perturbation de la santé mentale (anxiété, humeur) et physique (toux) et des habitudes de vie (sommeil)

    L'utilisation d'un questionnaire standardisé permet un diagnostic objectif tel que le CRAFT [11][note 4]

    5. Volonté du patient Utiliser des questions qui normalisent la situation.

    Ex: J'ai déjà rencontré des jeunes qui avaient des symptômes comme toi ou qui présentaient la même situation et qui souhaitaient diminuer leur consommation pour aller mieux, t'es tu déjà senti comme eux?

    6. Établis des objectifs précis et réalistes Si l'adolescent souhaite réduire sa consommation:
    • Utiliser le format de l'entrevue motivationnelle
    • Aucun médicament n'est recommandé pour faciliter l'arrêt ou pour diminuer les symptômes de sevrage
    • Présenter les organismes communautaires disponibles

    Si l'adolescent est hésitant:

    • Exprimer ses inquiétudes face à sa consommation et proposer des solutions adaptées
    • Fixer un objectif en fonction des capacités et des intérêts de l'adolescent (ex: ne pas consommer avant d'aller travailler)
    7. Planifier des visites de suivi Noter qu'une simple discussion avec un professionnel de la santé sur les substances psychoactives entraine une réduction de l'usage de cannabis excessif [12]
    8. Répondre aux préoccupations parentales Lorsque les parents ont des préoccupations envers leur enfant et souhaitent en discuter avec le clinicien, le parent est invité à parler en présence de l'adolescent, puis nous lui demanderons de quitter. La discussion précédente peut être un bon tremplin pour aborder le sujet de la consommation en revenant à l'étape 1 de l'approche. [10]

    4 Notes[modifier | w]

    1. Outil de dépistage en 10 questions pour la dépression post-partum
    2. Questionnaire auto-administré par l'enfant et le parent de 41 questions pour le dépistage de l'anxiété chez l'enfant
    3. Outil d'évaluation des symptômes d'un trouble de stress post-traumatique lorsque le diagnostic est posé
    4. Questionnaire standardisé de 6 questions pour le dépistage de la consommation d'alcool et drogues

    5 Références[modifier | w]

    1. 1,0 1,1 et 1,2 Jean,. Turgeon, Catherine Hervouet-Zeiber, Philippe Ovetchkine et Anne-Claude Bernard-Bonnin, Dictionnaire de pédiatrie Weber, De Boeck, dl 2015, cop. 2015 (ISBN 978-2-8041-9045-3 et 2-8041-9045-5, OCLC 907962960, lire en ligne)
    2. 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 et 2,5 « La prise de décision médicale en pédiatrie de la naissance à l'adolescence », sur www.cps.ca, (consulté le 29 août 2021)
    3. 3,0 et 3,1 « Répondre aux besoins des parents adolescents », sur www.cps.ca, (consulté le 29 août 2021)
    4. Cox JL, Holden JM, Sagovsky R. Detection of postnatal depression. Development of the 10-item Edinburgh Postnatal Depression Scale. Br J Psychiatry 1987;150:782-6
    5. Birmaher B, Brent DA, Chiappetta L, Bridge J, Monga S, Baugher M. Psychometric properties of the Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders (SCARED): Areplication study. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 1999;38(10):1230-6.
    6. Steinberg AM, Brymer MJ, Decker KB, Pynoos RS. The University of California at Los Angeles Post-traumatic Stress Disorder Reaction Index. Curr Psychiatry Rep2004;6(2):96-100.
    7. 7,0 7,1 et 7,2 « La prévention du tabagisme chez les enfants et les adolescents », sur www.cps.ca, (consulté le 29 août 2021)
    8. Santé Canada : Enquête canadienne sur le cannabis de 2019 : Sommaire des résultatswww.canada.ca/fr/sante-canada/services/publications/medicaments-et-produits- sante/enquete-canadienne-cannabis-2019-sommaire.html (consulté le 20 septembre 2021)
    9. Brook JS, Zhang C, Brook DW. Developmental trajectories of marijuana use from adolescence to adulthood: Personal predictors. Arch Pediatr Adolesc Med 2011;165(1):55-60.
    10. 10,0 et 10,1 « Le counseling auprès des adolescents et des parents au sujet du cannabis : une introduction pour les professionnels de la santé », sur https://www.cps.ca, (consulté le 21 septembre 2021)
    11. Harvard Medical School Teaching Hospital, Center for Adolescent Substance Use Research. The CRAFFT 2.1 Manual (December 24, 2019 version). https://crafft.org/wp- content/uploads/2019/12/CRAFFT-2-1-manualN-2019-12-24.pdf (consulté le 20 septembre 2021).
    12. Haller DM, Meynard A, Lefebvre D, Ukoumunne OC, Narring F, Broers B. Effectiveness of training family physicians to deliver a brief intervention to address excessive substance use among young patients: A cluster randomized controlled trial. CMAJ 2014;186(8):E263-72.